Maman, l’Islam et moi

Nous formons un curieux duo, elle et moi.

Elle, le corps malmené par des années de cortisone, les cheveux abimés à jamais par un deuil survenu bien trop tôt dans sa vie ; et moi avec ma silhouette inégale, et mon foulard sur la tête.

Ce foulard, je l’ai choisi il y a bien longtemps, pour témoigner de ma foi aux yeux du monde ; pour lutter à ma façon contre les préjugés et les imbéciles. Après tout, dans une Europe qui s’enorgueillit d’avoir pu vaincre tous ses tabous, n’est-ce pas là le dernier combat à mener contre l’intolérance ? J’ai toujours détesté les étiquettes. Les cases dans lesquelles on veut à tout prix vous cataloguer. Oui, on peut être Européenne ET musulmane. On peut être musulmane ET instruite, ou musulmane ET tolérante. Il n’y a rien d’antinomique là-dedans.

Je ne vais pas vous dire qu’à l’époque, elle a accueilli cette nouvelle en sautant de joie. Je pense que ces moments-là ont été très difficiles pour elle. Très angoissants, « avec tout ce qu’on raconte, tu comprends »… Mais, par amour, elle a su dépasser ses réticences et respecter mon choix, lorsque tant d’autres ferment leur porte. Lentement mais sûrement, le temps a dissipé ses craintes et apaisé les choses.

Aujourd’hui, nous passons nos étés collées l’une à l’autre et la rareté de ces instants les rend plus précieux encore. Ensemble, nous luttons contre la grisaille. Je connais parfaitement ses blessures ; elle devine les miennes. Sérénité et soutien sont devenus nos maîtres mots. Nous parcourons toutes les deux les routes d’ici ou d’ailleurs, indifférentes aux regards que nous suscitons. Peut-être nous avez-vous déjà croisées ?

Nous avons emprunté des chemins de vie différents, mais nous partageons pourtant une communauté d’âme – et beaucoup d’amour. Nous nous émerveillons des mêmes paysages ; nous nous émouvons des mêmes émissions ; nous nous insurgeons des mêmes injustices ; nous lisons les mêmes livres, que nous nous échangeons ; nous nous régalons des mêmes plats ; nous sommes aussi acharnées l’une que l’autre autour d’une partie de scrabble.

Nous sommes bien ensemble, tout simplement.

Les choses sont devenues si évidentes que nous n’y pensons même plus. Ce sont les regards des autres qui nous rappellent parfois que notre complicité est plutôt inattendue : « Ah bon, vous êtes mère et fille ?! », s’étonnent-ils, tandis que leurs yeux vont des vêtements de l’une au foulard de l’autre.

J’adore les bousculer dans leurs certitudes. Et j’adore encore plus l’image de tolérance que nous leur renvoyons.

Aimer l’autre, c’est l’accepter tel qu’il est. Et être différentes n’empêche pas d’être ensemble (c’est tout).

Ensemble, faire un bout de chemin

Mamie blues

L’amour de nos grands-parents est un joyau unique,
Un diamant des plus purs offert sans conditions,
Un accueil lumineux sans la moindre question.
C’est un amour qui ne s’embarrasse pas d’exigences,
Ni d’attentes d’aucune sorte,
Qui ne craint ni l’indifférence ni la trahison.
Il se donne sans compter, sans rien demander en retour.
Il pardonne tous nos manquements, excuse toutes nos absences.
Il berce et éclaire notre enfance.
Il recueille et apaise notre adolescence.
Il encourage nos premiers pas dans la cour des grands.
Il adopte notre moitié avec bonheur, le moment venu.
Il dévore des yeux nos propres enfants, pour lesquels il se fait encore plus grand.
Et puis un jour, il ne sait plus.
Et puis un jour, il s’éteint.
 
C’était il y a 6 ans, un matin comme celui-ci.
Le téléphone a sonné peu avant l’aube.
Ce jour-là, le soleil ne s’est pas levé.
 
La peine, depuis, coule en secret dans un coin de mon cœur.
Mais cet amour à nul autre pareil continue à illuminer ma vie
D’un éclat douloureux.
 

Pro des mots et aphasique !

Juste une petite réflexion en passant… La vie est curieuse, parfois !

Si vous me suivez sur Hémicrânia, vous savez déjà que je suis migraineuse et que je reçois de temps en temps la visite de celle que j’ai appelée Aura : la migraine avec aura (et troubles aphasiques).

Je me disais que c’était quand même un comble, pour quelqu’un qui aime les mots comme moi ; qui, non contente de vivre sa passion à ses heures perdues, en a carrément fait son métier ; qui passe ses journées à lire, relire, corriger, reformuler ; qui se fait payer au mot ou à la page… C’est un comble, non, d’être atteinte d’un trouble qui, JUSTEMENT, affecte le langage ?!

Je me vois bien expliquer à mes clients que : « Désolée, je n’ai pas pu terminer ce travail pour la date convenue : j’avais perdu mes mots !!! »

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