Sur ma mère – Tahar Ben Jelloun

Encore un livre que j’ai dévoré en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire !

Je ne connaissais pas du tout Tahar Ben Jelloun, alors j’ai fait une petite cure, ces dernières semaines. Il était temps que je découvre la plume de l’enfant du pays !

Au final, sur 3 livres achetés, j’en ai dévoré 2 dont je vais vous parler ici. Le troisième – Partir – ne m’a pas, mais alors pas du tout, plu. D’ailleurs, je ne l’ai pas terminé. Des obscénités à tour de bras : pas du tout le genre d’univers dans lequel j’ai envie de me plonger.

En revanche, Sur ma mère m’a beaucoup touchée. Le fait de retrouver mes propres fêlures et de lire une peine que je connais bien à travers les mots d’un autre a un effet apaisant.

Dans cet ouvrage, Tahar Ben Jelloun raconte les derniers jours de sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer, et profite des divagations de la vieille dame pour retracer certains épisodes de sa vie.

Cela ne pouvait que me parler.

D’abord, parce que j’ai moi-même vu une personne que j’aimais infiniment s’effacer jour après jour dans les brumes de cette maladie atroce.

Ensuite, parce que l’évocation de la vie de sa mère donne à l’auteur l’occasion de tracer le portrait d’un Maroc des traditions ; un Maroc dont ma belle-mère m’avait ouvert les portes autrefois, dont elle m’avait expliqué les règles et les codes avec patience, s’amusant comme une petite fille de mes étonnements. Y replonger, c’est comme raviver pour un temps le souvenir de cette merveilleuse femme bien trop tôt disparue.

La fin de vie, la vieillesse et la maladie de nos proches sont des sujets douloureux qui nous concernent tous, à un moment ou à un autre. A ce titre, ce livre ne manquera pas de vous toucher.

Sur ma mère

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Petit blog en hibernation

Vous le voyez, là, qui dort bien au chaud dans son petit recoin de la toile ?

Il dort tranquille, tandis que je m’enfonce chaque jour un peu plus dans mon habituelle léthargie automnale. Car c’est chaque année la même chose. Chaque année, la même dégringolade lamentable : à mesure que le thermomètre descend, mon capital énergie rétrécit comme une peau de chagrin. Et plus les jours raccourcissent, plus ma couette se fait douce et moelleuse – chaque jour un peu plus difficile à quitter.

Franchement, ma couette, c’est le seul endroit où j’ai envie d’être par cette température. C’est dire si je l’envie, mon petit blog croqueur de mots, lui qui peut se la couler douce en attendant une saison plus clémente. J’aimerais bien être à sa place et me mettre hors service, moi aussi, jusqu’au retour des beaux jours.

Moi, le froid, je supporte pas ça. Je sais pas, je dois être croisée avec un lézard ou avec un panneau solaire : plus il caille, plus je me traîne…

Heureusement que c’est pas en Alaska que je vis, mais au Maroc, hein…

Bons baisers de TangerBen oui, au Maroc, pourquoi ?! Ça vous étonne que je vous parle du froid alors que je vis au Maroc ??? Vous vous imaginez peut-être que le Maroc est un pays chaud ??? Le désert, les palmiers, les chameaux, tout ça…

Ben alors là, je vais mettre un terme tout de suite à la légende: le Maroc, en cette saison, c’est très vert et très mouillé. La preuve : Au Chellah de Rabat

Il pleut tellement, certaines années, que pour un peu, on se croirait dans une contrée du nord, genre Belgique ou Angleterre. Et surtout, on se gèle ! D’autant que les bâtiments sont rarement chauffés.

Alors, une maison à 15° C, ça vous tente ??? Y a de quoi avoir envie d’hiberner, non ?

Tu me fais une place, petit blog ?

Triste planète

Assise dans ma bulle en attendant la sortie de l’école, je regarde le monde qui court autour de moi. Et qu’est-ce que je vois ?

Je vois des mendiants aux pieds nus. Des mendiants aux pieds sales, qui traînent leurs guenilles poisseuses d’une poubelle à une autre ; qui éventrent des sacs plastique remplis d’ordures gluantes et qui mangent, à même la puanteur de la benne, debout sous la pluie.

Je vois des gosses des rues. Des gosses perdus, qui rasent les mûrs, le poing serré sur le nez, les yeux noyés dans leurs vapeurs de colle.

Je vois des estropiés exhiber leurs infirmités aux feux rouges. Des enfants placés là pour quémander quelques pièces. Je vois des mains qui se tendent.

Je vois des hommes et des femmes à la peau sombre. Des hommes et des femmes venus d’au-delà du désert. Ils ont tout laissé derrière eux, ils ont parcouru des kilomètres pour se retrouver là, face à ce bras de mer qu’ils ne peuvent traverser. Ce qu’ils croient être l’Eldorado est au bout de leurs yeux, presque à portée de main. Si proche et pourtant inaccessible.

Assise derrière mes vitres dans le petit confort de ma vie, je regarde toute cette misère autour de moi, impuissante. Je ne pourrai jamais m’y habituer. Je ne voudrais jamais m’y habituer. Mais parfois, ne m’en veuillez pas, ça fait trop mal – je ferme les yeux une minute pour oublier.

Retour au bled : la vie de famille en pointillés

Véhicules chargés à bloc, camionnettes bâchées de bleu… Si vous empruntez les routes de France et de Navarre pendant l’été, vous les connaissez, bien sûr. Ce sont les MRE : les Marocains résidents à l’étranger.

Chaque année, à travers toute l’Europe, ils imbriquent comme ils peuvent enfants et bagages dans les voitures pleines, ils ferment leurs maisons à double tour, laissent derrière eux leur quotidien tranquille et prennent la route, direction Algésiras et ses ferries. Les plus chanceux n’auront que 2.000 km à parcourir. Pour les autres, partis de Belgique, des Pays-Bas ou du fin fond de l’Allemagne, c’est un voyage de plus de 3.000 km qu’ils entament ; et qui durera pas moins de trois jours.

Tout au bout de la route, de l’autre côté du Détroit, on les attend de pied ferme. Les tapis de laine ont été shampooinés sur les toits en terrasse. Les salons ont été astiqués, les tissus lavés. Les murs javellisés. Les couvertures piétinées dans de l’eau savonneuse et mises à sécher au soleil. Les frigos sont bien remplis. Les placards regorgent de toutes sortes de gâteaux qu’on savourera ensemble à l’heure du thé à la menthe. Certains ont déjà négocié le prix du mouton qui devra célébrer la naissance du dernier-né. D’autres ont réservé le « cabanon » à la plage où on partagera cette petite tranche de vie en commun. Un mois ensemble. Une année loin les uns des autres.

Tout le monde attend, dans toutes les villes, tous les villages, tous les quartiers. Chacun attend, qui un fils, qui une fille, qui un frère. Les enfants trépignent d’impatience à l’idée de retrouver leurs cousins. Les grands-mères ne pensent plus qu’à tenir dans leurs bras ce petit enfant né pendant l’hiver et qu’elles ne connaissent pas encore.

Derrière les vitres, les paysages défilent. La France est facile. La température est clémente. On est encore en forme et on se sent en sécurité. On prend son temps. On traîne délicieusement sur les aires de repos bien aménagées ; les sanitaires sont propres – ce qui n’est pas négligeable quand on est sur la route au milieu de nulle part !

Puis vient l’Espagne : les choses se corsent. On a peur. On a entendu des tas d’histoires terrifiantes, certaines de la bouche même des victimes : les voleurs n’hésitent pas à se déguiser en policiers pour vous tendre des guet-apens. Ils vont même jusqu’à crever vos pneus dans les parkings, pour vous obliger à vous arrêter un peu plus loin et vous attaquer en toute tranquillité. Qu’est-ce qu’on fait si des flics nous demandent de nous rabattre ??? Comment savoir si ce sont des vrais ou des faux ? Algésiras paraît si loin…

Alors, on roule. La chaleur devient étouffante dans l’habitacle. La fatigue commence à se faire sentir. On a tout juste encore la force de s’extasier devant le paysage somptueux… On n’en peut plus, mais on a peur: pas question de s’arrêter n’importe où ! On guette les bâches… Ils sont là ! On va pouvoir se reposer, à l’abri du troupeau ! Peut-être même qu’on pourra prendre une douche, si on a de la chance. Ce serait bien d’être un peu frais pour prendre le bateau…

Ce fameux bateau sur lequel on finit quand même par embarquer, crevés. A peine montées à bord, les filles prennent les toilettes d’assaut. Les conducteurs s’écroulent ça et là, sur la moindre banquette, dans le moindre espace de moquette entre deux tables, pendant que les mères rappellent leurs enfants à l’ordre dans toutes les langues… La traversée ne dure que deux heures. Deux petites heures de trêve et enfin, Tanger la blanche apparaît sous le ciel bleu…

Là-bas, au bout de la route, on guette les bruits de moteur dans la rue. Au moindre coup de klaxon, on se précipite à la fenêtre : « Non, c’est pas eux ! C’est les Hollandais d’en face ». « Non, c’est la fille de la voisine qui arrive d’Italie » !

Et soudain : Tût tûûût !!! Ils sont là ! Ils sont arrivés ! Les sandales et les babouches claquent sur les marches des escaliers. On s’embrasse, on s’étreint, on s’extasie devant les enfants. On est prêt à reprendre la vie de famille là où on l’avait laissée…

Bon courage à tous les MRE qui s’apprêtent à prendre la route…

Un peu de crème « chantier » ?

Au Maroc, la langue française est présente partout, mais pas toujours maîtrisée par tous. Si on ajoute à ça un zeste de nonchalance toute méditerranéenne, on obtient parfois des choses surprenantes…

J’étais à la terrasse d’un café-glacier, face à la mer, et je consultais avec envie la carte des spécialités maison. Le choix était difficile. Tout me faisait envie ! Café liégeois ou Dame blanche ? Brésilienne ou Banana split ??? Vanille, pistache, caramel… et toujours cette crème chantier. Je le jure : en lisant cette carte, je me demandais vraiment ce que la construction venait faire là-dedans et ce que pouvait bien être cette crème dont je n’avais jamais entendu parler !

Alors je me tourne vers mon mari et je lui demande :

Qu’est-ce que c’est que ça, la crème chantier ???

Et c’est là, en le disant, que j’ai compris ! Chantilly, chantier : pour certains, ça se prononce de la même façon !

Petit abécédaire de la route

Les quatre premières années que j’ai passées au Maroc, c’était à Casablanca. Casa la grise, comme je l’appelle…

Dans cette ville, comme sans doute dans de nombreuses autres grandes villes partout dans le monde, la circulation était une véritable épreuve à affronter quotidiennement.

Un jour, EXCÉDÉE, j’ai rédigé ce petit abécédaire de la route casablancaise POUR ME DÉFOULER !!! Je pense qu’il donne une idée assez précise de ce calvaire.

Prêts ? Bouclez vos ceintures et cramponnez-vous : on démarre !

  • A comme… Anarchique !
  • B comme… Bouchons : inévitables, à certaines heures.
  • C comme… Clignotants : c’est quoi, ça ?!
  • D comme… Double file : absolument normal, surtout devant les boulangeries…
  • E comme… Enfants ou autant d’occasions d’attraper des sueurs froides !
  • F comme… Forcer le passage : à toi de ralentir si tu ne veux pas de casse !
  • G comme… Griller la priorité : crise de nerfs assurée dans les ronds-points.
  • H comme… Hmar (âne) ou autres insultes qui fusent derrière les pare-brises.
  • I comme… Inconscience !
  • J comme… J’en peux plus !
  • K comme… Klaxons : en veux-tu ? En voilà !
  • L comme… La lenteur consternante de certains passants.
  • M comme… Mobylettes : toujours là où on les attend le moins !
  • N comme… Nid-de-poule… ou cratères, c’est selon !
  • O comme… Où sont donc les flics ???
  • P comme… Piétons, populace ou pulluler ! De préférence à côté des trottoirs.
  • Q comme… Quelle pagaille aux heures de pointes !
  • R comme… Rond-point : c’est chacun pour soi !
  • S comme… Sécurité ; ou serait-ce plutôt Science-fiction ?!
  • T comme… Traverser : un vrai sport national !
  • U comme… Ulcère : sans commentaires !
  • V comme… Véhicules souvent endommagés.
  • W comme… Wâlo ! Rien ! Y a absolument rien d’autre à faire que de prendre son mal en patience !
  • X comme… autant d’inconnus qu’il n’est pas nécessaire de respecter !
  • Y comme… Yallah ! Tu avances ou pas ???
  • Z comme… Zut ! Ou Zen… Faut voir !

Mes aventures marocambolesques

En créant un blog sur le thème des mots et de la lecture, je n’avais pas du tout l’intention de vous raconter ma vie en détail. Je n’avais même pas pensé à vous dire où je vivais ! Je ne voulais surtout ne pas me répandre lamentablement sur la toile…

Mais ça, c’était sans compter sur l’effet Hellocoton !

A force de parcourir des blogs, des blogs et encore des blogs, tous plus passionnants les uns que les autres, j’ai eu envie de vous en dire un petit peu plus.

Alors, vous l’aurez sans doute compris avec ce mot-valise : si mes aventures sont marocambolesques, c’est bien sûr parce que je vis au Maroc et qu’ici, les occasions de s’étonner ne manquent pas : tout est toujours rocambolesque !

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