Les archives du futur : faire découvrir la science-fiction à mes enfants

Souvent, quand au hasard d’une conversation, on ose glisser qu’on adooore la science-fiction, on voit les yeux de nos interlocuteurs s’arrondir dans leurs visages interloqués :

La science-fiction ??? Les p’tits hommes verts, les soucoupes volantes et tout ça ???

Alors on se retrouve à expliquer que non, pas forcément tout ça

Moi, j’suis fan de romans d’anticipation depuis mon adolescence : je trouve ça passionnant d’imaginer ce qu’il adviendrait de la société humaine si ses conditions de vie changeaient radicalement, entre autres du fait des progrès de la science ; si toutes les règles et tous les codes que nous connaissons étaient modifiés…

Que se passerait-il si tout – absolument tout, du besoin le plus essentiel à celui le plus futile – reposait sur l’électricité et que celle-ci disparaisse brusquement pour ne plus revenir ? C’est ce qu’on peut explorer avec René Barjavel dans Ravage ;

Si les enfants étaient fabriqués à la chaîne dans des éprouvettes et conditionnés pour répondre aux besoins de la société ? (Aldous Huxley, Brave New World/Le meilleur des mondes) ;

Si on clonait un dictateur tristement célèbre et que l’on plaçait les répliques dans les mêmes conditions, quitte à tuer pour que leurs vies ressemblent à celle de l’original – auraient-ils le même destin ? (Ira Levin, Boys from Brazil/Ces garçons qui venaient du Brésil).

La liste est longue et heureusement, car c’est un domaine fascinant.

Bref, tout ça pour vous dire que quand je suis tombée sur ce petit livre en promotion en faisant mes courses, je n’ai pas hésité longtemps avant de le mettre dans mon caddy : hop ! Un peu de culture entre les packs de lait et le papier toilettes…

Les archives du futur, un siècle de S.-F. est un livre destiné à la jeunesse dans lequel Alain Grousset a compilé des nouvelles de plusieurs auteurs, avec des petites notes explicatives  sur les différentes périodes qu’a connues la littérature de science-fiction au cours du siècle dernier. J’ai trouvé que c’était l’idéal pour faire découvrir à mes enfants ce genre que j’aime beaucoup. Et peut-être découvrir moi-même quelques noms à retenir.

Nous avons lu ces textes dans le désordre, au gré de nos envies ; l’occasion pour eux d’apprendre aussi ce qu’était une nouvelle. Ils n’ont eu de cesse de me demander : « Et alors ? C’est déjà fini ?! » Ce qui est plutôt bon signe, je trouve…

Pour ma part, j’ai beaucoup aimé Celui qui attend de l’incontournable Ray Bradbury (qui nous a quitté au moment même où mes enfants le découvraient) ; c’est le genre de texte dont on savoure jusqu’à la dernière goutte quand on le lit à haute voix :

Je vis dans un puits. Je vis comme une fumée dans un puits, comme un souffle dans une gorge de pierre. Je ne bouge pas. Je ne fais rien, qu’attendre. Au-dessus de ma tête j’aperçois les froides étoiles de la nuit et les étoiles du matin – et je vois le soleil. Parfois je chante de vieux chants de ce monde au temps de sa jeunesse. Comment dire ce que je suis, quand je l’ignore ! J’attends, c’est tout. Je suis brume, clair de lune, et souvenir. Je suis triste et je suis vieux. Parfois je tombe vers le fond comme des gouttes de pluie. Alors des toiles d’araignées tressaillent à la surface de l’eau. J’attends dans le silence glacé ; un jour viendra où je n’attendrai plus.

Mes enfants, quant à eux, se sont passionnés en écoutant Le père truqué de Philip K. Dick ; un texte très emblématique de ce qui se faisait dans les années 50, avec des créatures bizarroïdes qui tentent de prendre la place des gens. Pas vraiment ma tasse de thé…

Mais notre coup de cœur collectif a été pour La voix du matin, une nouvelle écrite tout spécialement pour cette anthologie par Pierre Bordage – un nom que je ne connaissais pas et que j’ai noté soigneusement depuis :

 7 heures 15… 7 heures 15… Il nous reste vingt minutes pour nous préparer…

Dès la première phrase, on a éclaté de rire, tant ces mots nous paraissaient sortir tout droit de notre quotidien. Mais c’était bien la seule chose que ce personnage du futur avait en commun avec nous parce que dans sa vie à lui, tout était régi par la nanotechnologie : le réveil, la douche, le séchage (!), l’habillage (avec pliage automatique du pyjama), la pesée et le passage au scanner (?) pour déterminer les besoins nutritionnels et servir un petit déjeuner en conséquence…  Le tout dans la plus grande solitude avec pour seule compagnie celle de la voie métallique sortant des mûrs. Et les humains dans tout ça ? Où sont-ils donc passés ? Mystère et boule de gomme…

Un livre à picorer, savourer ou dévorer selon vos envies, si vous aimez la science-fiction …

 

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