Mamie blues

L’amour de nos grands-parents est un joyau unique,
Un diamant des plus purs offert sans conditions,
Un accueil lumineux sans la moindre question.
C’est un amour qui ne s’embarrasse pas d’exigences,
Ni d’attentes d’aucune sorte,
Qui ne craint ni l’indifférence ni la trahison.
Il se donne sans compter, sans rien demander en retour.
Il pardonne tous nos manquements, excuse toutes nos absences.
Il berce et éclaire notre enfance.
Il recueille et apaise notre adolescence.
Il encourage nos premiers pas dans la cour des grands.
Il adopte notre moitié avec bonheur, le moment venu.
Il dévore des yeux nos propres enfants, pour lesquels il se fait encore plus grand.
Et puis un jour, il ne sait plus.
Et puis un jour, il s’éteint.
 
C’était il y a 6 ans, un matin comme celui-ci.
Le téléphone a sonné peu avant l’aube.
Ce jour-là, le soleil ne s’est pas levé.
 
La peine, depuis, coule en secret dans un coin de mon cœur.
Mais cet amour à nul autre pareil continue à illuminer ma vie
D’un éclat douloureux.
 

Triste planète

Assise dans ma bulle en attendant la sortie de l’école, je regarde le monde qui court autour de moi. Et qu’est-ce que je vois ?

Je vois des mendiants aux pieds nus. Des mendiants aux pieds sales, qui traînent leurs guenilles poisseuses d’une poubelle à une autre ; qui éventrent des sacs plastique remplis d’ordures gluantes et qui mangent, à même la puanteur de la benne, debout sous la pluie.

Je vois des gosses des rues. Des gosses perdus, qui rasent les mûrs, le poing serré sur le nez, les yeux noyés dans leurs vapeurs de colle.

Je vois des estropiés exhiber leurs infirmités aux feux rouges. Des enfants placés là pour quémander quelques pièces. Je vois des mains qui se tendent.

Je vois des hommes et des femmes à la peau sombre. Des hommes et des femmes venus d’au-delà du désert. Ils ont tout laissé derrière eux, ils ont parcouru des kilomètres pour se retrouver là, face à ce bras de mer qu’ils ne peuvent traverser. Ce qu’ils croient être l’Eldorado est au bout de leurs yeux, presque à portée de main. Si proche et pourtant inaccessible.

Assise derrière mes vitres dans le petit confort de ma vie, je regarde toute cette misère autour de moi, impuissante. Je ne pourrai jamais m’y habituer. Je ne voudrais jamais m’y habituer. Mais parfois, ne m’en veuillez pas, ça fait trop mal – je ferme les yeux une minute pour oublier.

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